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Monsieur de Voltaire

Monsieur de Voltaire On me dit, madame, qu’il se fait forts grands bruits à Paris, à propos de dessins parus dans une gazette, une gazette danoise ? En savez-vous quelque chose ma chère nièce ? Madame Denis Ma foi monsieur je n’en sais rien que ce que j’en ai oui dire, il paraît que ce sont de fort mauvais dessins et fort grossiers mais je ne les ai pas vus ! Voltaire Qu’importe, la chose m’intéresse, de savoir que tous sont en émoi, évêques et cardinaux, muphtis, prêtres de toutes sortes et rabbins, cette étrange coalition ne cesse de m’intriguer et j’y pressens quelque chose délectable. Madame Denis Je vais tenter de vous procurer ces dessins mon ami, mais ne croyez-vous pas qu’il y a là quelque danger à les tenir. Voltaire Allons ma nièce nous n’allons pas trembler devant cette sainte cabale, je crains fort la douleur du corps mais j’ai encore en plus grande abomination et ne saurais souffrir nulle complaisance pour les maux causés à...
UN GENIE C’était un vilain petit matin gris. Un de ces matins, où, la porte de chez soi franchie, on regrette déjà son lit. Et pourtant, il fallait y aller, comme on dit. Les rues de la ville étaient comme moi embrumées, un petit vent frisquet piquait non nez ; Je pris le métro. Dans le wagon qui sentait la chambrée, l’eau de toilette bon marché, serré contre moi par la pression de la foule, un employé des pompes funèbres me soufflait au visage les remugles de son petit déjeuner. Enfin j’arrivai. La rue d’A…était déserte, exposée au vent d’ouest, ça pinçait. Je pressai le pas. Le hall du lycée était désert aussi. Huit heures et quart, les cours avaient commencé. Dans la salle des professeurs l’odeur me surprit, un mélange détonnant de parfums d’eau de javel, d’alcool à brûler et de tabac froid. Sur la table, offerts à l’imagination fertile des enseignants, les recueils des bulletins scolaires espéraient leurs dédicaces. C’était pour cela que j’étais venu tôt, j’...
Dans le métro C’est toujours comme ça, il suffit qu’on soit pressé pour qu’il y ait un incident dans le métro. En partant j’avais déjà une appréhension, je me doutais qu’il allait se passer quelque chose. Ça avait commencé avec cette vieille dame qui était montée à République. Elle était si vieille qu’il était impossible de lui donner un âge, impossible aussi de la situer socialement, c’est pourtant une de mes distractions favorites dans le métro : observer les gens, deviner à leur allure, à leurs vêtements ce qu’ils sont, ce qu’ils font. Toute voûtée, le visage ridé comme un fruit sec, la vieille dame portait un manteau élimé et un informe chapeau noirs. Voyant que personne ne se levait et en particulier les deux lycéens assis en face de moi, je m’étais décidé à contrecœur à lui céder ma place. C’est entre Gare de l’est et Gare du nord que le métro s’arrêta. D’une voix hésitante le conducteur, peu habitué à jouer les hôtesses de l’air, annonça « nous vous dema...

IMPERSONNEL

I Il a tout su, il a tout vu ! Bien sûr il était là Comment pourrait il en être autrement Il est toujours là où il faut Va savoir comment il se débrouille Il fallait que ça tombe sur lui Il était quand même pas là par hasard Il faut toujours qu’il soit dans les bons coups Et il fait l’innocent Il en rajoute Il s’étonne Il ne comprend pas Il s’interroge Faudrait pas qu’il en fasse trop quand même Il ne s’imagine pas que ça va prendre Y’a des limites Faudrait qu’il le comprenne Faut qu’il fasse un effort Il n’est pas tout seul Il se prend pour qui Faut qu’il réalise un jour Ça peut plus durer Il va s’attirer des ennuis Et après il s’étonnera encore Mais il sera trop tard Alors il sera toujours temps de pleurer Pourtant il était averti Il savait à quoi il s’engageait Il n’y croyait pas comme toujours Il pensait que ça irait tout seul Il se fait des illusions Il vit sur une autre planète Il est ailleurs Il n’a pas ...

Gare à Durandal

Gare à Durandal ! Les enfants étaient terrorisés. Mademoiselle L brandissait Durandal, un double mètres en bois, aux bouts ferrés avec lequel elle pouvait atteindre les premiers rangs sans quitter sa position assise derrière le bureau. Mademoiselle L était un personnage. Plus large que haute, elle fumait comme un sapeur, crachait et jurait comme un charretier. Ceci dit, elle jouissait dans le quartier d’une excellente réputation, on la disait efficace et dévouée. Le matin en arrivant en classe et après avoir allumé le poêle, elle retirait ses chaussures, enfilait ses charentaises, la leçon de morale pouvait commencer, toujours illustrée par un dicton ou un proverbe bien senti. De la fenêtre de sa classe au troisième étage de l’école elle pouvait surveiller son chien qui batifolait sur le balcon de son appartement, juste en face, de l’autre côté de la rue. A dix heures elle se précipitait pour qu’il accomplisse sa promenade hygiénique. Mademoiselle L. avait pour...

A la plage à Préfailles (suite)

Sur la côte